vendredi 25 mai 2018

De Sam Raimi à Avengers Infinity War : Bilan de la MCU


 
 
  

MARVEL CINEMATIC UNIVERSE: Premier bilan pour les dix ans (PARTIE 1)

Cette article a été écrit par Philippe Orlandini, que les amateurs connaissent bien via sa page Facebook, CINEDARK et sa participation active sur de nombreuses groupe de cinéma. La mise en page et le choix des visuels et des extraits vidéo ont été choisi par mes soins. Certains passages ont été complété par mes réflexions. Mais avant de vous inviter à plonger dans la lecture de ce dossier o combien chaud et d'actualité, vous connaissez la règle, choisissez plusieurs soundtrack pour plonger dans l'univers iconique des Super Héros.


 
 
 

Ce dossier reviendra de façon assez exhaustive sur le mastodonte du moment dans le paysage cinématographique américain et hollywoodien, je ne parlerais pas que du dernier film en date, Avengers  : Infinity War mais bien de l’ensemble de l’univers dans lequel il s’inscrit. Retour sur un univers impitoyable fait aussi bien de hauts (financiers) que de bas (artistique et cinématographique).

 



Petit retour en arrière dans les années 2000. Marvel a décidé depuis plusieurs années de partager ses différentes licences entre plusieurs studios voulant couvrir plusieurs super-héros (ou héroïnes) de leur écurie. Pour rappel : la Twentieth Century Fox détient les droits des X Men, des 4 Fantastiques, de Daredevil, Sony décroche le gros lot avec Spiderman mais aussi Ghost Rider et the Punisher. Quand à Universal, il a les droits de deux personnages : Hulk et Namor (l’Aquaman de chez Marvel pour les profanes).



 

La répartition des différents Super Héros est également supervisé par un producteur du département cinéma de Marvel, Avi Arad et son assistant faisant ses armes, un certain Kevin Feige.

Arad décide que les années 2000 seront les années de l’âge d’or en imposant le concept de super-héros non pas en se limitant seulement sous un prisme pulp ou enfantin mais en tentant de transmettre la teneur et le sens premier des comics d'origine. En adoptant de manière crédible les comics, Arad espère ainsi trouver le juste équilibre aussi bien en termes de discours de fond (les X Men et tous le discours autour de l'altérité et les descriminations) mais aussi en se positionnant comme les dignes héritiers des récits héroïques propre aux anciennes légendes mythologiques nourris aux biberons de ce bon vieux Joseph Campbell. Partant du principe qu’au delà de l’esthétique des dessins de comics, ces personnages, humains ou surhumains, ont avant tout une quête à accomplir, un graal symbolique. Cette aspect permet aux films garder son aspect 'serial'  et son principe du cliffhanger (mécanisme repris depuis dans les séries TV : Daredevil, Luka Cage, Jessica Jones, Iron Fist, The Punisher, The defenders.


 

 
Je ne vais pas refaire l’historique des films de super-héros des années 2000 mais l’âge d’or a permis de montrer pour l’écurie Marvel que, (comme leur concurrent DC Comics l’avait fait dans les années 70 avec Richard Donner puis Tim Burton dans les années 90), un film de super héros pouvait avoir un vrai propos et impact cinématographique significatif pour peu qu’on s’intéresse aux failles des personnages et à l’histoire derrière les cases. Bryan Singer ouvre donc le bal avec les X Men suivi de Sam Raimi en 2002  avec les Spider-Man et enfin Ang Lee en 2003 avec Hulk. D'autres noms prestigieux, des auteurs pour la plupart se sont ensuite nourris d'icones super héroïques pour tour à tour marquer le genre de leurs talents : Stephen Norrington, Guillermo Del Toro, Night M Shyamalan, Brad Bird, Mathew Vaughn ou James Mangold.

Ce n’est pas par favoritisme que je choisis ces noms en particulier (vous auriez voulu que je mettes qui d'autres Tim Story? Brett Rattner? Mark Steven Johnson? Soyons sérieux un minimum !) mais bien parce qu’ils sont les seuls dans le courant des années 2000 à avoir compris la formule adéquate pour transposer les super héros de manière totalement cinématographique car ayant pensé avant tout le personnage selon les propres thématiques qui intéressent les réalisateurs cités. A l’exception de l’expérimentation "hors sujet" d’Ang Lee qui a beaucoup divisé lors de sa sortie (sur lequel, je reviendrais plus tard), Arad s’est retrouvé le cul entre deux chaises. La réussite à la fois artistique et thématique des réalisateurs est indéniable car ils avaient trouver la formule pour adapter le personnage réussissant d'un coté à ne jamais trahir le matériau d'origine tout en rendant accessible au public néophyte ces personnages qui n’étaient connus que d’une partie du public geek.

     
 
 

Horizon 2003. Les premiers signes avant-coureurs ont commencés.  Les suites sont programmés vu le carton interplanétaire des films X Men, Spiderman et de façon plus mesurée, Blade. Arad et les décisionnaires des studios s’engouffrent dans la brèche pour lancer chacun leurs héros issus de leurs catalogues mais je pense que ce n’est pas une coïncidence si tous les projets qui ont suivis se sont vus privés de grand noms à leurs commandes pour caresser dans le sens du poil le studio et les fans (Daredevil, Elektra, Ghost Rider).  Il est d’ailleurs amusant de voir que deux grands noms ont voulus re-démarrer la mode du film de super héros à la fin fin 90 après l’échec cuisant de Batman et Robin. Guillermo Del Toro préparait son Hellboy depuis 1998 (il bossait déjà dessus dans la foulée de Mimic ) tandis que le projet post Titanic d’un certain James Cameron devait être..Spiderman. Le fait de choisir un réalisateur plus indépendant comme Bryan Singer ou venant d’un autre univers était sans doute un choix plus rassurant.

 

 

Hormis Sam Raimi qui patiras des décisions des studios sur Spiderman 3, puis Singer qui quitte le navire pour X Men 3 pour aller travailler chez la concurrence (Warner et DC en même temps) sur un rêve de gosse qu’est Superman Returns, Ang Lee a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase des producteurs chez Marvel. Vendu comme un actioner mythologique à la presse (ce qu’était déjà les Spiderman et Blade 2 mais je dis rien..) Hulk d’Ang Lee devient un drame psychologique réalisé par un homme qui avait compris ce que LUI voulait exploiter avec son scénariste. Avec un sujet aussi riche que le personnage du géant de Jade puisqu’il réunissait à la fois la puissance d’un Titan et la psychologie propre à Docteur Jekyll et Mister Hyde, Lee expérimente tous azimuts dans sa mise en scène et propose in fine un objet étrange à appréhender entre posture auteurisante et vignette POP ART. Les transitions en page de comics, les effets de montage adaptant un rythme et un ton particulier, tout ceci concourt à ne pas server le sujet de la scène mais d'exposer l’état émotionnel de son personnage principal. Et visiblement, cela n'a pas plu ni au public, ni au studio. Avec le recul, il est évident que le studio Universal voulait juste un blockbuster estival avec un géant vert qui casse tout sur son passage et qui grogne quand il est en colère, soit la façon la plus réductrice et caricatural qui soit de définir Hulk.

 


 

 




 
 

Petit bond en avant : 2008

 
Un seul titre était sur toutes les lèvres cette année là, à la fois attendu et redouté pour son casting : The Dark Knight, la suite magnifique du reboot orchestré par Christopher Nolan. Malgré des défauts de mise en scène perfectibles au même titre que Brian Singer sur les deux premiers X-Men, Christopher Nolan avait superbement rendu honneur au justicier de Gotham. Christopher Nolan s’intéresse à l’homme derrière le masque, à ses failles, à ses faiblesses. Il montre surtout à l’écran comment Batman est né à travers les peurs et remords d’un fils de milliardaire devenu orphelin. Un être torturé n’ayant jamais pu faire son deuil, et canalisant ses émotions en décidant de rendre justice afin de sauver la ville gangréné par la violence et la corruption. Animé par la peur et la haine, il portera désormais un masque à l’effigie d’un trauma infantile : la chauve souris (la fameuse scène de la grotte). Pourquoi insister autant sur le discours sous jacent de Batman Begins ? Et bien pour montrer qu’en l’espace de cinq ans, Nolan a réussi à trouver le dosage parfait pour le super-héros idéal...Là où Lee a, aux yeux des fans, échoué avec Hulk.

 

 

2008 marque aussi le lancement d’un projet assez osé. en effet,  le "disciple" de Avi Arad, Kevin Feige, a lancé le pari de monter des projets d’adaptations de personnages encore inexploités du catalogue Marvel et encore libre de droits, non pas via les studios comme jusqu’à présent, mais en créant directement un studio indépendant où Marvel pourrait adapter comme il le souhaite ses futurs productions. Du jamais  vue à l'époque ! Bref, Marvel Studio devient un label indépendant aux yeux du public et de ses fans. Avec en tête de gondole, le nom d'un premier projet : Iron Man. (On lance le tube du groupe AC / DC pour lire la suite, rockn'roll)

 


 

 

Il est assez amusant de voir comment Kevin Feige a retenu les erreurs faites par son mentor en comprenant complètement comment relancer une nouvelle mode de super héros. L’accueil tiède de Spiderman 3 confirme ce qu’Arad avait déja mis en place. Pour Kevin Feige, il s'agit désormais de prendre des réalisateurs venus d’autres circuits. Mais contrairement à Arad, Feige va s’assurer (qu’au delà du nom et de son CV) et vérifier si le type est assez malléable (surtout pas un auteur), que le réalisateur convoité n’a pas une fanbase trop importante et surtout détails non négligeable, que sa filmographie ne comporte pas un ou deux chefs d’oeuvres déjà.

 






 




 
 
Sans être un 'yes man' mais ce que certains nomme par politesse comme un honnête artisan, Jon Favreau sait qu’au delà de la commande et du sujet, les films de super héros est un genre de film où il va pouvoir s’éclater. Elfe et Zathura montrait déjà une vraie envie de film à l’ancienne, avec des effets pratiques autant que possible. Chose qu’il fera avec Iron Man, en acceptant en plus la double casquette, réalisateur et acteur puisqu’il interprète le chauffeur/garde du corps de Tony Stark : Happy Hogan. Le succès d’Iron Man impose donc le jeune studio indépendant dès son premier titre.  Parti pour n'être qu'un simple clin d’oeil aux comics, le studio place une scène post-générique présentant ni plus ni moins que Samuel "motherfucker" L.Jackson en Nick Fury, incarnation de chair des derniers comics Ultimate (et ceci au détour d’une réplique à la fois cynique et purement 'meta'). Deux lignes de dialogues compréhensibles  compris uniquement que par les geeks et les fans de comics. En quelques secondes, les termes Avengers et Projet Initiative sont prononcés provoquant une réaction virale sur la planête geekoide.
 



 
C’est à partir de là que les choses vont vraiment se précipiter : une scène post-générique sur le second film de Marvel Studios, L’incroyable Hulk, qui reprend à son tour le personnage de Tony Stark afin de souligner et de montrer qu’une continuité existe entre les deux films et qu’un vaste plan est en ordre de marche. Le plan en question attise les fantasmes des cinéphiles, car disons les chose clairement, c'est tout simplement du jamais vu au cinéma ! Ce fameux plan établit donc un univers cinématographique où plusieurs films peuvent se suivre les uns derrière les autres établissant sur écran large une continuité narrative sur un principe identique à des épisodes d’une série tv  (qui est l'ancêtre faut il le rappeler du sérial des années 30 et 40). Si à la base, le principe n'est private joke à la base, la phase permettra in fine la rencontre de tous ses super héros dans un seul et même gigantesque film, cité au détour d’une réplique : Avengers.
 
 

 
MARVEL CINEMATIC UNIVERSE: Premier bilan pour les dix ans (PARTIE 2)
 
PHASE 1 ou comment établir une charte de production encore jamais vu.
Les deux premiers titres de Marvel Studios ont posés les premières pierres. Il reste néanmoins une dernière chose à faire, se les moyens de pouvoir les concrétiser. Et la réponse ne sait pas fait attendre puisque Disney a décidé de racheter l’entreprise Marvel ainsi que tous ses départements l’année qui a suivi. Feige s’engouffre dans la brèche pour lancer alors la suite de ce qu’on nomme la Phase 1 avec quatre films : Iron Man 2, véhicule à la gloire de Robert Downey Junior mais aussi un film teaser pensé comme le futur crossover et accessoirement suite du premier Iron Man.
 
 
En 2011, Thor et Captain America sortent à leurs dans les salles du monde entier. Deux projets délicats mais essentiels pour la futur mise en place de la Phase 1. Univers à l'imagerie désuet ou kitsch mais il s'agit de montrer au public que ces personnages peuvent être adaptés dans un contexte moderne sans paraître ridicule. En effet, on l'oublie assez souvent mais on parle deux films centrés d'un coté  sur un dieu nordique se battant avec un marteau ,et de l'autre, d’un super soldat américain dans un costume kitsch se battant avec un bouclier, du moins pour l’aspect visuel des deux projets. A travers ces deux films, c’est surtout l’occasion pour Marvel Studios de poursuivre dans leur lancée en engageant à la fois devant et derrière la caméra des acteurs inconnus ou peu connus pour donner vie aux personnages des comics, mais aussi derrière la caméra de prendre des artisans adaptés au sujet et qui ne feront pas trop de vagues, mais surtout et c'est le plus important, ils ne tenteront pas d’imposer leur patte artistique de manière trop marqué (Kenneth Branagh et Joe Johnston). Des deux metteurs en scène, celui qui est le plus adapté à ce type de commande, c'est sans aucun doute Joe Johnston (Chérie j'ai rétréci les gosses, Jumanji, Jurassik Park 3, Ciel d'octobre, Hidalgo, Wolfman) qui s'impose le mieux d'une certaine conception de l'artisanat hollywoodien. On peut même affirmer que de tous les metteurs en scène engager, c'est celui qui pouvait le mieux s'adapter à ce type de commande en signant sans doute le meilleur opus de Marvel Universe. Il est indéniable que l'aspect Pop Art et Vintage d'un certain cinéma de propagande à travers un récit placé en pleine effort de guerre permet au cinéaste à la fois d'imposer un indéniable affinité avec le cinéma de cette période (le sérial, Michael Curtiz) tout en jouant avec plaisir sur un univers steampunk fétichiste (la direction artistique est magnifique). Captain America s'inscrit dans la ligné de son méconnue mais superbe The Rocketeer qui affine les qualités similaires. A partir de là, Joe Johnston ne pouvait logiquement pas réalisé la suite de Captain America car placé hors de son élément POP référenciel. Quant à Branagh, malgré une volonté affiché d'inscrire son récit dans un récit aux connotations tragiques (le réalisateur est l'auteur n'oublions pas de Henry 4, Hamlet, Beaucoup de bruit pour rien et Frankenstein) dans sa partie Aasgard, le film sombre dans sa partie terrienne dans un film d'action affreusement mou et parasité par des enjeux dramatiques faibles et incohérents.
 

 
 


Pendant ce temps à Vera Cruz, dans les coulisses de Marvel Studios…
Deux noms sont engagés pour des futurs projets. Le premier est un jeune réalisateur anglais reconnus comme un des nouveaux porte étendard de la culture geek, un certain Edgar Wright, qui décide d’adapter un personnage faisant partie des fondateurs des Vengeurs mais un quasi inconnu du grand public : Ant Man.
Le second est un réalisateur mexicain encore fraîchement auréolé du succès de ce qui est le chef d’oeuvre de sa filmographie : Le Labyrinthe de Pan. Lui aussi boulimique de pop culture, Guillermo Del Toro s’associe avec un autre génie anglais, Neil Gaiman, pour adapter Docteur Strange
Ces deux projets sont encore garder sous le coude sans trop savoir encore quel est le plan décidé par Kevin Feige et ses associés. De décider quand seront officialisé le lancement de ces deux projets et surtout dans quelle phase. Vous devez avoir une idée à présent ! 
 
Mais la question qui désormais brûle les lèvres des 'fanboys', c'est bien entendu, quel sera le nom qui sera chargé du méga crossover Avengers que le studio met sur les rails. Une idée de coréalisations de la Phase 1 est évoqué mais vite oublié pour raison de cohérence artistique et stylistique (vous avez vu qu’on parle pas de mise en scène, surtout pas !). C'est à ce moment que débarque l'homme providentiel un homme réunissant toutes les qualités recherchés: Joss Whedon. A part Serenity, une space opéra qui clôturait pour une sortie en salles de sa défunte série Firefly, Joss Whedon était connue pour être un scénariste depuis peu chez Marvel sur Astonishing X Men, et qu'il avait un lourd passif de 'script doctor' sur des films comme Waterworld, Toy Story, Titan AE sans oublier son scénario d’Alien Resurrection. Il est surtout, histoire d’enflammer la geekosphère, le papa et showrunner de deux séries cultes des années 90-2000: Buffy, the vampire Slayer et son spin off, Angel. Il décide de reprendre et de réécrire dans les grandes lignes le script de Zak Penn, autre habitué au films de Super Héros, coupable entre autres d’Elektra et X Men 3 mais aussi pour faire amende honorable, de quelques réussites notables dans son CV : Last Action Hero, L’incroyable Hulk et plus récemment le sublime Ready Player One. (C’était le paragraphe n'ame dropping' !).
 
 
Il est encore une fois assez amusant, voire ironique de constater que les exécutifs de Marvel Studios voient la 'fanbase' de Whedon comme moins dangereux ou plus influençables que ceux des réalisateurs "honnis" de l’âge d’or. C'est à ce moment qu'on peut estime que le studio effectue une seconde sortie de route plombant une bonne partie des films du MCU à venir. Si j’utilise le terme artisan pour les réalisateurs choisis pour la Phase 1, c’est que jusqu’à présent, à mise à part l'indéniable sympathie ressentie pour Louis Leterrier et Joe Johnston, c’est que les autres noms pré -Whedon étaient  des cinéastes sans vrai personnalité dans leurs mises en scènes (en dehors de quelques moments par çi par là). Les réalisateurs filment en fonction de l’histoire à raconter mais ne portent aucune patte artistique identifiable et personnel, aucun style dans leur découpage,  desservis par des scripts pas toujours heureux (et/ou les réécritures successives se font cruellement ressentir). Dans tout les cas, pour une partie du public, cela reste regardable et potable dans l’ensemble, car les cinéastes donnent l'impression de ne jamais se reposer sur l’usage des effets visuels pour masquer leurs travails, livrant la meilleur copie possible, sans trop (jamais?) sortir des clous. Si Favreau et Leterrier avait encore une certaine liberté, l’arrivée de Disney a dû sans aucun fermer certaines portes. L’exemple le plus marquant et éloquent est l’alcoolisme de Tony Stark qui devait être un des sujets de fond d’Iron Man 2. On a tous en mémoire la façon dont la seule séquence traitant du sujet a été abordé (pour les amnésiques, si je vous dis, pipi dans l’armure !!!).  Sans crier au complot Disneyen, on peut aussi souligner la façon d’éluder ou atténuer le traitement de la violence ou de l’action par rapport à la cible première : les enfants et adolescents.
 



 
Pour preuve, je vous invite à comparer Iron Man 2 avec les séquences de la grotte du premier Iron man (ou de l’arrêt cardiaque avec le neutraliseur musculaire)  ou alors comme dans L’incroyable Hulk où comment fini Emil Blonsky après sa première confrontation avec le géant vert.  On peut toujours trouver par ici où là des passages plus marquants comme la dimension dramatique et psychologique dans Thor (les conflits opposant Thor à son frère Loki et son père) ou encore la manière de dépeindre le front de la seconde guerre mondiale dans Captain America mais dans tous les cas, il s'agit de ne jamais dépasser une certaine frontière graphique à l’écran.



 




Ses deux problèmes de fond vont s'accentuer dans Avengers : le choix de Joss Whedon transpire dans une grande partie du film, le réalisateur devant s’adapter sur un blockbuster à plus de 200 millions, et garde ses habitudes de mise en scène des séries TV. L’idée suggéré des coréalisateurs semble avoir été approché puisque Favreau et Johnston ont acceptés de signer chacun une séquence du film. Selon les infos mais non confirmés, Johnston aurait signé la partie "live" du combat Iron Man vs Thor avec l’arrivée de Captain America; quand à Favreau, on lui attribue aux choix selon les rumeurs, soit la séquence d’exposition de Tony Stark avec Coulson, soit la discussion Stark/Banner dans le laboratoire. La mise en scène d’Avengers est sauvé par ces money shots dans la plupart des cas issus des sociétés d’effets visuels qui, en dehors de ces séquences, reste terriblement générique pour ne pas dire affreuse parfois (les scènes de couloirs dans l‘héliporteur ou le statisme du bout de ruelle à New York).

 




 
Le second défaut est le cocktail qui serviras de formule à presque tous les autres films du MCU : un fond sombre parasité par un traitement sage et un désamorçage des situations dramatiques par une utilisation systématique des blagues et des coup de coude complices.

 


 



 

Jusqu’à présent "épargné" dans une partie de la Phase 1 (tout au plus peut-on retrouver des punchlines ou des gags mais qui colle au personnage de Stark dans le premier Iron Man pour exploser à l’écran dans Iron Man 2), les blagues prennent un place important dans les films de la MCU : la relation Hammer/Vanko, le gag du bouclier de captain america, Stark bourré, Stark avec Nick Fury...A tel point que cela gâche souvent le propos du film. Ce qui est d'autant plus dommage car certaines séquences sont superbes et  certaines scènes font mouches (Justin Hammer qui doit vendre ses armes pour équiper War Machine). Thor souffre exactement du même soucis, où passé la séquence d’exposition asgardienne, le film se transforme en mode  "Les visiteurs version MCU" et surtout le personnage INSUPPORTABLE de Darcy, l’assistante de Jane Foster. Pour revenir sur Avengers, le dosage de ton marqué par la bonne punchline est indéniablement la marque de Joss Whedon depuis ces débuts. Etonnamment, ce sont lors de séquences comme ceçi qu’il arrive à trouver un dosage parfait avec sa mise en scène : Coulson, Stark et Pepper dans la tour Stark et l’arrivée de Tony Stark sur l’héliporteur, sans compter quelques pépites avec Thor ou d’autres personnages. Le succès engendré par cette attente orchestré depuis maintenant quatre ans a été au rendez vous au delà des attentes les plus folles, pour le plus grand bonheur des dirigeants de Marvel Studios, s'imposant 3e au box office 'all time', ce qui est un exploit si l'on songe que Avengers est un blockbuster à plus de 200 millions avec un rendue de série tv.
 

 
 
MARVEL CINEMATIC UNIVERSE : Premier bilan pour les dix ans (PARTIE 2)

PHASE 2 : Continuité d'une formule qui se prend les pieds dans le tapis
 
Histoire d’ouvrir la Phase 2 en beauté, Marvel Studios lance Iron Man 3 avec un gros compromis à faire sur leurs choix de productions en la personne de Shane Black.


La rumeur raconte que Black était déjà script doctor sur le premier Iron Man (certaines punchlines sentent bien son style) et Robert Downey Junior, le veut pour signer le troisième acte de la trilogie Iron Man.

 

 

Seul hic : accepter Black signifie faire machine arrière sur leurs intentions de choix de réalisateur après avoir imposé le ton série tv sur grand écran que Whedon a imposé à la face du monde comme le style Marvel Studios à suivre. Marvel Studios va devoir à nouveau se frotter au souci de l’auteur/réalisateur détient une fanbase conséquente (son film Kiss Kiss Bang Bang est culte pour beaucoup de monde) et une filmographie en tant que scénariste qui parle pour lui (L'arme fatale 1, 2, Le dernier samaritain, Au revoir à jamais). Je vous laisse imaginer la tête des actionnaires chez Disney qui ont esquivé toute analogie à l’alcoolisme dans Iron Man 2 pour engager le type qui a créé le buddy movie des années 90, à base d’alcoolisme, de drogue, de sexe bourrés des punchlines anthologiques et fabriqués aux petits oignons. Voir un auteur spécialiste des insultes bien sentis, aux commandes de leur blockbuster à 180 millions de dollars, tout ça parce que leur star  maison du moment est ami avec lui et le veut pour réaliser "son" film, on peut imaginer la position du studio sur cette candidature. Comment pouvoir faire pire ? Facile : en déjouant les attentes du public sur le Mandarin dans un twist qui a fait hurler les fans de la planète.  

 





 


 


 

 

Malgré un carton incroyable (presque autant qu’Avengers), Marvel Studios poursuit leur lancée et renforce leur position en essayant à présent de garder le contrôle sur le choix des réalisateurs. Et, c’est là que Marvel Studios va commettre leurs premières erreurs en engageant des réalisateurs venus de l’univers de la télé, à l'image de Alan Taylor coupable de l'affreusement nul Thor, le monde des ténèbres ou comment vouloir plus d’action comme Game of thrones et Man of steel en même temps tout en rajoutant encore plus de blagues puériles. Sans doute le plus mauvais film du Studio. A la surprise générale, sortie de nulle part, Captain America, the winter Soldier,  surprend et épate complètement au vu du CV des frères Russo (connu pour quelques épisodes de la série Community), en emballant un film aussi sérieux et spectaculaire (ambiance film d'espionnage) tout en gardant l'objectif de placer le gros twist qui va redéfinir les bases du MCU à court terme.

 





Seconde surprise en choisissant un réalisateur aussi 'punk' que James Gunn pour Les Gardiens de la Galaxie (là aussi, on peut imaginer les gars de Disney en découvrant la filmo passé de Gunn, les scripts de Scoobydoo 1 et 2, Tromeo et Juliet, Horribilis ) qui signe alors une chose qui n’avait pas encore eu lieu dans le Marvel Cinematic Universe : faire d’un film de commandes un sujet aussi casse gueule qu’adapter des personnages quasi inconnus du grand public (dont un arbre géant et un raton laveur qui parle) et rendre le sujet tout à fait personnel et intimiste malgré la 'fuck you attitude' de son univers et ses personnages.

 








 

Vu que cela faisait longtemps que le navire Marvel Studios avançait sans obstacle, leur calendrier 2015 et conclusion de la Phase 2 va se charger de leur placer quelques embûches de taille.


Le premier vient tout d’abord de leur poule aux oeufs d’or, Joss Whedon.


Avant d’accepter de signer Avengers 2, Joss Whedon se permet de négocier et de refuser certains compromis exigés par les studios. Avengers 2 (ou l’ère d’Ultron) aurait dû montrer la présentation de Thanos et le début de sa quête des Pierres de l’infini présentés entre la Phase 1 et 2, laissant ainsi encore deux pierres à trouver pour Avengers 3. Whedon préfère le personnage d’Ultron, et tout comme du cheminement émotionnel de Stark abordé dans  Iron Man 3 (Vous devez vous douter que les studios s'en fout dans les grandes largeurs de la psychologie ou de la portée dramatique d’un personnage). Et, c’est là que Marvel Studios signe sa troisième erreur pour moi : un décalage conséquent entre l’ambition des films restés sur le papier, et les premières versions des réécritures.
Partant cette fois de son propre script et non d’une réécriture comme c'était le cas du premier Avengers, Joss Whedon signe un film à la fois plus personnel dans ses intentions et son écriture mais aussi complètement dépassé à l’écran. Le nombre de plus en plus contraignant des personnages apparaissant à l'écran complique la cohérence d'ensemble de plus en plus dense mais aussi de plus en plus indigeste et bancal dans son déroulement.
 
 
Etonnamment, sa mise en scène s’est amélioré sur ce film (un peu moins figé TV)  mais un des atouts du premiers Avengers devient un de ses plus gros défauts. L’ampleur et l’ambition des scènes d’action font que le film implique des effets visuels présent plus de la moitié du film, ajoutant d'avantages de personnages avec tout ce que cela implique d'univers différents. De ce fait,  les scènes impliquant Ultron, Hulk et Vision restent pour la plupart encore relativement maitrisé mais le système "d’épisodes filmiques" se heurtant au différences de styles entre les réalisateurs qui, jusqu’à présent ne posait pas problème.





Car il ne faut pas oublier que Joss Whedon signe d'une part la suite la suite d’un carton planétaire mais qu'il doit aussi prendre en compte les films de l’excellente cuvée 2014 et des choix narratifs développés entre temps. Bien sur, tout d'abord avec Captain America: Winter Soldier mais surtout Les gardiens de la galaxie où Gunn a réussi à doser la formule entre intimité et spectaculaire, tout en gardant de la marge pour le teasing des pierres d’Infinité et de Thanos, ainsi que la connexion avec un film précédent via sa scène post-générique avec le Collectionneur….

 


 
Dans le cas de Whedon, les coutures de son film craquent sous la pression du dosage imposé par le projet (l'humour bon enfant pour toucher un public plus vaste, arc narratif des Avengers,  la cohérence de chacun des personnes avec leurs films respectifs et les effets de teasing). On comprend dés lors qu'il est difficile de développer un sujet qu’il ne traite qu’en surface. Car l'intrigue qui l’intéressait, (cela explique pourquoi repousser Thanos), était qu’il voulait travailler la déconstruction de l’équipe des Avengers en montrant leurs peurs et faiblesses. Cet aspect  n’avait pas vraiment été évoqué dans le premier, et même sur d'autres mise à part Iron Man 3 et Winter Soldier.
Concernant le cas des effets visuels, les "money shots" qui avait sauvé le premier film, a un résultat contraire.
 
Pour une gestion relativement réussi de la séquence de la soirée à la tour des Avengers (magnifique séquence du levée de marteau au passage) l’arrivée d’Ultron ou encore une partie de l’introduction dans la forêt passé le plan-séquence, Whedon retombe dans ses travers et explose ses limites. La séquence de Hong-Kong puis, la démesure surréaliste du climax en Sokovie font que les défauts du premier Avengers sont multipliés par dix. Les effets visuels assurant la part de money shots pour illustrer le climax durant vingt minutes empeche au spectateur de trouver des repaires spatiales ou géographiques. Vue la nature dramatique censée représenter cette séquence (qui faisait déjà défaut au premier film), ce trop plein de surenchère attenue considérablement tout sentiment de détresse et de peur au vu des enjeux présentés.

 


 

Revenons sur Ant-man. Ce nouveau titre attendus des fanboys (premier 'stand alone' depuis un moment) devait poser un arc narratif plus ancré dans un cadre urbain "classique" (un aspect que ne pouvait pas se permettre un personnage tel qu'Iron Man, étant donné les enjeux et surtout l'environnement 'yuppie' dans lequel il navigue) et un héros presque ordinaire avec son background d'ancien voleur du dimanche. Pour raisons de divergences artistiques, Edgar Wright doit abandonner le film alors qu’il était en pleine pré-production. Ce qui est d'autant plus regrettable car il avait déjà préparé les prévisualisations de toutes ses séquences d’actions et même présenter l’une d’entre elle à la comic con pour expliquer comment, après le combat de "kaiju eiga" dans Hot Fuzz, il voulait gérer le changement d’échelle du personnage au sein d’un plan.








Marvel Studios a donc demandé (exiger ?) de transformer le principe du 'stand alone' en film "canon" où des événements liés au précédents épisodes, seraient introduits. A savoir la rencontre entre Falcon et Ant-Man sur la nouvelle base des Avengers, que l'on découvre à la fin d’Age of Ultron. Avec le départ de Wright, le film subit des réécritures par une pointure de la comédie US, Adam Mac Kay et engage (troll suprême volontaire ou non) un réalisateur aux antipodes du projet initial, Peyton Reed, un pur prototype de réalisateur de film qui ne fera pas de vague et qui acceptera les exigences du studio. Autrement dit un 'Yes Man'.

 




 

Que retenir de cette Phase 2 ?

Marvel Studios a accéléré le rythme de productions en allant à présent avec deux films sortis par an. Ce qui est déja énorme en soi. Cette Phase 2 a été un peu plus casse-gueule que la précédente puisque les réalisateurs ont dû se heurter à la toute puissance acquis par le "jeune studio indépendant". Il suffit de voir comment Patty Jenkins a été dégagé de Thor le monde des ténèbres, alors qu’elle était la raison pour que Natalie Portman revienne (pour rappel, Jenkins signera 4 ans plus tard, Wonder Woman). C’est aussi l’occasion de voir comment Disney via Marvel a sorti l’artillerie lourde au niveau marketing pour s’assurer que chaque film soit un succès au box office à chaque fois, caressant les fansboy dans le sens du poil en allant même jusqu’à obtenir des avis critiques presse positives dans la plupart des cas (sauf Thor, the dark world faut pas déconner même avec un chèque de 15 millions dans la poche). Conséquence logique, c’est aussi l moment pour les studios concurrents de commencer à surfer sur le succes de Marvel en pensant à leurs tours à la mise en place d'univers partagés afin de grignoter des parts de marché.

 

MARVEL CINEMATIC UNIVERSE: Premier bilan pour les dix ans (PARTIE 3)


 
PHASE 3 : Réalisateurs indépendants et démesure visuelles
Faisons le point sur la concurrence et les différents univers partagé.
 

En 2014, le Spiderverse lancé par Sony avec ses Amazing Spiderman s’autodétruit dés son second film, alors que six films étaient prévu au planning.



 



En effet, les scénaristes Alex Kurtzman (futur coupable hérétique de La Momie) et Roberto Orci avaient établis un plan pour mener à leur crossover qui devait être Sinister Six, une réunion de six super vilains pour affronter Spiderman. Bien avant Warner et DC Films, Sony a donc décidé de la jouer 'Edward aux mains d’argent' avec la continuité de son Spiderverse et envoyer balader l’ordre logique prévu par les scénaristes: après Amazing Spiderman 2, il devait y avoir deux spin-offs dont Venom et Carnage (!!!) puis ...Tante May, agent du SHIELD (on ne rit pas !) puis Amazing Spiderman 3, Sinister Six et Amazing Spiderman 4. Lors d’un lendemain de soirée, Matt Tolmach, le producteur de chez Marvel bossant chez Sony, a décidé avec une logique imparable de modifier la continuité proposé par Kurtzman/Orci, qui ne convenait plus vu les recettes et le succès de Marvel Studios, et il leur fallait aller plus vite encore. En effet, le film qui devait sortir juste après Amazing spiderman 2 aurait été donc… Sinister Six


(Attention les lignes qui suivent devraient vous rappeler le cas d’un autre film sorti en 2017 chez Warner). Sinister Six devait donc réunir six méchants dont seulement trois ont été survolés (à la passoire) dans Amazing spiderman 2. L’un d’entre eux est mort et le second, Rhino, est apparu sous sa forme de bad guy dans son armure robotique, une minute avant la fin du film. Sinister Six devait donc présenter trois bad guys encore jamais vus avant dans les films (à l’exception d’un teasing d’objets dans la fin et le générique d’Amazing Spiderman 2) et la réunion de l’équipe dans un seul et unique film. Oui oui, je parle bien de Sinister Six et de Sony. Résultat à l’arrivée : Amazing Spiderman 2 est un flop au box office et le studio tente de relancer son Spiderverse, quatre ans plus tard avec des films basés sur les ennemis de Spiderman mais sans montrer Spiderman…


Kaiju Universe : juste avant son divorce avec la société Legendary qui partiras chez Universal, Warner lance son univers partagé avec Godzilla de Gareth Edwards qui remporte un franc succès au box office mais divise le public par son traitement à l’ancienne.
Monster Universe ou Dark Universe : Après un premier décollage raté en 2004 et 2010 avec respectivement Van Helsing puis Wolfman, Universal lance le premier film d'un troisième redémarrage : Dracula Untold. Confié à la base à Alex Proyas qui partira du projet (le studio garde néanmoins ces storyboards et travaux de concept art), Dracula Untold surfe sur la tendance actuelle qui consiste à raconter l'origine de la nature de Dracula, transformant idéologiquement une pure incarnation du mal en figure romantique et torturé. Dénaturant la nature subversive du personnage pour être plus grand public, Gary Shore tourne son film de monstre comme une épopée guerrière à peine travailler par des éclairs baroque. Echec à sa sortie, Dracula Untold ne sera pas dans le canon du nouveau Monster Universe qui subira un nouvel échec avec l'horrible La Momie.

2016



Enfin, le plus grand rival de Marvel Studio reste bien entendu sa Némésis historique, DC Comics avec le DC Extended Universe. Pour son deuxième film de leur univers partagé (après le succès du très discuté Man of Steel de Zak Snyder), Warner décide d'affronter Marvel Studios et de jouer au bras de fer en voulant sortir à la même date Batman V Superman que  Captain America Civil War, qui ouvre le bal de Phase 3 et qui agite les fanboys.




Le film seras à nouveau confié aux frères Russo pour boucler la trilogie Captain America. Warner cède et avance son film un mois avant.
Lors de la convention D23 de 2015, Marvel a présenté son calendrier de la Phase 3, avec tous les titres annoncés. Marvel confirme deux choses : une fidélisation immédiate basé sur les noms de certain des films de la phase 3 mais aussi une promesse de "maturité" et d’ambition visuelle assez démesurée avec en point d’orgue le sommet du MCU, Avengers Infinity War Partie 1 et 2, toujours réalisés par les frères Russo.

 


 




Premier problème qui se pose pour Civil War. Contrairement à l' Age of Ultron, le comparatif entre le film et le comics se fera forcément ressentir vu l’ambition et la complexité de la saga.

Second point plus factuel, comme souvent dans les comics, Civil War est un arc narratif où des super-héros se foutent sur la gueule et on compte pas sur une des plus célèbres 'splash pages' de la saga, pas loin de 100 super héros dont 10% ont déja été présentés et adaptés, séries TV inclus. On a tous le souvenir de la découverte des images de l’affrontement version cinéma et la réaction qui en as suivi. Le film a également une autre mission de taille. Introduire deux personnages clés pour la suite des films, tout d'abord Spiderman, grâce à un partenariat avec Sony qui veut prêter son personnage et surtout Black Panther.  En ne se concentrant que sur l’action sans en connaître les implications dans les bandes annonces et spots TV, le film change de visage et montre les vrais intentions de Marvel Studios, des scénaristes et des frères Russo pour ce film. Il était impossible de reprendre les évènements de Civil War version comics, à tel point que Batman Vs Superman est plus proche du comics en termes de ton que Civil War le film.



Le film montre tout de même un semblant de maturité exigé pour le titre et le sujet posant même une seconde strate narrative à la cohérence de l’univers partagé avec les accords de Sokovie. Il suffit d’une séquence de quelques minutes énumérant à l’écran trois séquences de destructions massives ayant lieu entre un et quatre ans avant Civil War (zappant au passage le final à Londres de Thor the dark world tellement on s’en fout) et, depuis le premier Captain America, les deux scénaristes savent doser correctement le niveau de vannes vu le sérieux du sujet (on en reparle plus tard pour Infinity War).


Deux déceptions se posent tout de même sur le scénario. Les accords de Sokovie qui impliquent des conséquences politiques chez les personnages que l’on connaît depuis un certain nombre de films, est mis en second rang par rapport à la capture de Bucky, le soldat de l’Hiver. Sans compter la fausse piste sur la suite de l’implication de l’Hydra qui n'acquiert aucune vraie incidence dans le récit y compris à travers un faux rebondissement pour le climax du film qui, malgré la portée émotionnelle, en devient ridicule.  Quand aux Russo, leur mise en scène dérape complètement en allant à la fois trop vite dans la façon de filmer l’action sur le vif via la caméra à l’épaule et en étant beaucoup trop surdécoupé par moment (je vous invite à regarder ou revoir les scènes de l’introduction à Lagos ou de l’évasion de Bucky). Les frêres Russo n'hésitent  à se poser durant les phases de dialogues parfois tendues avant d’élargir leur espace sur l’écran le temps du déjà très attendu combat de cour de récré à l’aéroport.

De plus, le film souffre d'une photographie trop sombre et grise qui tente de surligner inutilement le ton 'dramatique' du sujet. Quand aux décors (hormis Lagos) et plus généralement la direction artistique du film, Marvel a dû passer un coup de téléphone au production designer des derniers DTV de Steven Seagal.

Reste les deux  nouveaux personnages du film, et à ce titre, leurs apparitions sont parfaitement introduit dans le film malgré un ton de passage réduit. Fort heureusement, la Phase 3 va alors prendre en compte cette remarque et les films suivant seront dés lors beaucoup plus généreux sur le plan visuel, laissant la noirceur le temps de quelques instants dramatiques à l'image de l’accident du Docteur Strange pour ensuite s'orienter vers une ambiance bien plus colorés, permettant ainsi des séquences formelles terrassantes.



A l’exception de Spiderman Homecoming qui boxe en termes de terrain de jeu à peine plus haut que le premier Ant Man, voire même en dessous vu la non inventivité des séquences d’actions (un film Spiderman où il ne voltige pas entre les immeubles et a de l’électronique tout intégré dans son costume avec IA personnalisé !! aie aie !!) la Phase 3 a été un festival visuel de tous les instants durant deux ans. Des arènes de Sakaar avec Thor et Hulk jusqu’aux fins fonds de la galaxie avec les Gardiens de la Galaxie vol.2 ou Infinity War. L’ambition des films et leurs budgets se voient à l’écran, d’autant plus que depuis 3-4 ans, les studios comprennent enfin l’utilité d’un écran IMAX pour la taille du cadre et l’ampleur des images proposés.  Malgré cette volonté d'aller encore plus loin en terme de spectacle, il reste néanmoins un sentiment de demi-teinte, voire de dérapage.

 


 


 

Marvel pèse exactement 9 milliard au Box-office, à raison de trois films par an désormais. Un chose saute aux yeux, c’est que du Multiverse aux pouvoirs de Docteur Strange, en passant par un climax sur et dans une planète vivante, une cité africaine high tech ou une planète décharge remplis d’extra-terrestres jusqu’à la destruction du royaume d’Asgard par un démon géant, Marvel Studios peut tout se permettre en terme de spectacle même si on peut toujours émettre le même bémol : les réalisateurs/trices aux commandes.








Commençons par l’exception qui confirme la règle avec James Gunn au vu du carton et du buzz créé avec Les Gardiens de la Galaxie.


A la limite du pétage de plombs aussi bien visuel, scénaristique que narratif, Gunn livre un anti-blockbuster punk, fou et complètement déjantée où le studio n’a exigé qu’une seule chose, une scène avec Chris Pratt torse nu.
Pourquoi préciser ce point de détail. Parce qu'il ne faut pas oublier que le film où une planète vivante prend la forme de Kurt Russell qui raconte comment celui-çi a enfanté Starlord en se dotant d’un pénis afin de pouvoir créer une descendance compatible avec lui (et dont 99% sont morts) et qui finalement doit l’aider à absorber la galaxie pour survivre. Descendance qui l’affronte sous la forme d’un Pac-Man tandis qu’un Baby Groot ramèneras un pouce arraché où en risquant au moment crucial de se tromper de bouton pour faire péter la bombe. Le film multiplie des passages assez fou comme celle où une secte d’aliens dorés utilisent des bornes d’arcade pour piloter des vaisseaux, ou découvrir Sylvester Stallone en chef des pirates de l’espace, le tout sur une compile de titres musicales des années 80. Voilà ce qu’on appelle avoir carte blanche avec James Gunn.



Ensuite, il faut signaler le cas des réalisateurs indépendants reconnus pour leurs films précédents œuvrent et qui signent un blockbuster complètement fou comme Thor Ragnarok ou le très remarqué comme Black Panther alors que rien dans la filmographie du réalisateur (Creed) ne pouvait prévoir qu’il en avait les capacités, tout en réussissant comme Gunn, à s’emparer du sujet selon ses propres inspirations et délivrer un film qui, malgré le fait qu’il s’agisse clairement d’un film de commande, gardent leurs personnalités.

 
 
Que ce soit Taika Waititi ou Ryan Coogler ou même Scott Derrickson (dans une certaine mesure), ces trois réalisateurs ont réussis à imposer leurs pattes et de réussir à marquer chacun des films de la Phase 3. Comme je le disais plus haut avec Homecoming, ma déception affiché avec Jon Watts au vu de ses précédents métrages (Cop Car, Clowns) qui là, est totalement absent contrairement à ses collègues Waititi ou Coogler. Jon Watts rate dans les grandes largeurs toutes traces d’ambition visuelle pour un film n'ayant aucune personnalité à l’écran ou idées de mise en scène qui serait susceptible de marquer les esprits à l'exception de la prestation de Michael Keaton dans le rôle du Vautour.
 
 

L’autre point de la Phase 3 lié à l’ambition affiché est la fausse complexité "pour les Nuls" qui se tire une balle dans le pied mais que personne ne semble avoir entendu tiré.
Marvel Studios a dès le début voulu copier les ambitions thématiques des Batman de Nolan, le parallèle déjà évident entre Batman Begins et Iron Man puis avec un peu de retard, entre la complexité politique et thématique d’un The dark knight et The dark knight rises en toile de fond prétexte touche superficiellement aussi bien pour Civil War avec les accords de Sokovie, mais aussi Black Panther et sa situation géopolitique.




 
 

Si l'opportuniste de Marvel Studio peut agacer, il faut aussi signaler parfois des bonnes inspirations, notamment sur le film Docteur Strange en reprenant en partie les codes visuel à la fois d’Inception et d’Interstellar afin de caresser le spectateur dans le sens du poil où encore comme c'est le cas de Black Panther, de bombarder sur les plus hauts cimes du box office, un blockbuster à 200 millions avec un casting composé principalement afro-américains qui, lui se pose en vrai premier 'stand alone' du MCU.



 

 

La Phase 3 a été celle du renouvellement dans la continuité, le studio ne s’est pas reposé sur ses lauriers afin de créer l’attente à chacun des films tout en se renouvelant sur un point de vue thématique et visuel. Mais au bout de presque 19 films, le mécanisme bien huilée commence à se voir film après film et l’absence d’identité dans la mise en scène n’aide pas à faire sortir une véritable identité à la franchise, en partie à cause de  cette impression de série TV de luxe sur écran de cinéma, et en IMAX depuis 2 ans. L’autre point faible se situe dans la frontière notable entre les films et les possibilités des comics qui se heurtent à la limite des budgets, de la durée mais aussi de la suspension d’incrédulité du spectateur. La sortie d’Infinity War montre clairement là encore un nouveau cap franchi en termes de démesure mais d’avoir encore une fois réussi le pari de faire coexister autant de personnages développés depuis 10 ans en un seul film (deux d’ici 2019).



Il est quand même toutefois regrettable que le public accepte le fait que la notion de mise en scène est devenu un facteur inutile à partir du moment où celui-ci se contente d'être diverti, où l'absence de prise de risque dans ses enjeux globaux s'efface devant la satisfaction de voir des films correctement emballé. C'est d'ailleurs l'un des reproches régulièrement exposé par ses plus virulents détracteurs : être face à des objets efficace mais consensuel, mou dans leurs démesurés spectaculaires. Bien entendu, comme souvent lorsque les passions sont aiguisés, la vérité est parfois intermédiaire et qu'on soit des fans ou des haters, il faut parfois prendre du recul sur l'impact des films sur la durée et l'histoire du cinéma. Ce que n'autorise pas la passion cinéphile et qui s'est encore manifesté avec la sortie récente de Avengers Infinity War Part 1.

On a pu voir en l’espace de dix ans comment Kevin Feige a joué à la balance pour doser clairement la limite qu’il s’était imposé pour ne pas avoir à subir les désagréments rencontrés par son mentor Avi Arad, ce qui n'a pas empêché d'affronter de nombreux couacs, avec parfois des retombées en coulisses sur certains réalisateurs (Whedon, Branagh, Leterrier, Wright…) . Comme je le signalais plus haut pour la Phase 2, les films du Marvel Cinematic Universe sont passionnant sur le papier (et même en tant qu'observateur cinéphile sur la fabrication de ses productions), ils sont passionnant pour qui s'intéresse sur la réception des films et sur les débats qu'elles cristallisent sur la qualité des films (certains estiment que le studio auraient du être plus exigeants sur la forme comme sur son fond). Ce n’est pas la faute des réalisateurs qui ont tentés d’imprimer leurs propre styles et certains s’en sont superbement bien sortis, d’autres moins. Quatre ans après, on peut estomaqué par le boulot des Russo sur Winter Soldier, et de la même manière, on ne peut qu'être surpris par la travail Waititi, d’avoir réussi avec une facilité déconcertante (voir le making of de Thor Ragnarok pour le croire) à gérer un sujet pareil avec un budget et des exigences de production gigantesque. 


 

Quel avenir pour les dix phases à venir ces trente prochaines années ? (Et non, ce n’est pas une blague !). En étant un peu réaliste, malgré l’ambition voulus par ces producteurs et la demande du public (qui ne semble pas baissé), plus que l’essoufflement, une autre donnée est à prendre en compte. Les limites visuelles possibles à l’écran et les moyens pour les concrétiser seront impossible à mettre en place. Doit-on rappeler qu’il y a dix ans, seul les fans de comics et les geeks ont compris la signification du dialogue de Fury ou que dans trois cas sur quatre, seuls les puristes comics (ou lisant les sites spécialisés sur le sujet ) sont à même de comprendre ce que cela signifie. Mais qu’arrivera t-il quand le visuel même du film ou les enjeux des personnages ne seront pas plus compréhensibles que le sont les scènes post-génériques actuellement ?  

L’arrivée prochainement dans 2 ans du retour au bercail des licences X-Men (dont Deadpool) et 4 Fantastiques pourront permettre encore et toujours de nouveaux projets mais qui, jusqu’à présent, avait pour eux d’avoir une identité propre et surtout, encore des vrais moments de cinéma comme ça été le cas avec Logan, sans doute la plus belle réussite du genre dans le super héroïque de ces dernières années !



Il est amusant de voir que la volonté qui a relancé cette mode dans les années 2000 de vouloir explorer l’aspect humain et mythologique au delà de l’aspect pulp a été balayé entre la fin de la trilogie Dark Knight de Nolan et les soubresauts de Zack Snyder avec Batman Vs Superman.
Tout ce qu’il reste, et avec la bénédiction du public, n’est que la forme projeté sur l’écran au détriment du fond qui fait encore illusion en servant plus d’argument marketing que de véritable propos. A moins d'assister au retours des auteurs / créateurs d'univers dans le giron super héroïque. Mais vue, le marché et les enjeux financiers engagés, cela semble difficile actuellement à imaginer tout du moins dans le giron de Marvel Studio.
 
Philippe Orlandini reviendra pour un article concernant Avengers Infinity War tandis que Jean Marc Micciche, rédacteur d'EXPLORERS complétera ce dossier Marvel avec des articles dont je garde la surprise.





 


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire