vendredi 27 avril 2018

Ready Player One - Why can't we go backwards ? (spoil en pagaille)





The Last Movies of POP CULTURE
Why we can go backwards / Pourquoi ne pouvons nous pas revenir en arrière ?


Why can't we go backward ? Un titre emblématique de Alan Silvestri qui synthétise parfaitement la démarche méta de Steven Spielberg.


Vous connaissez la règle. Avant de commencer à lire cet article, Explorers vous invite chaleureusement à choisir différents titres musicaux, non pas pour singer servilement le film dans une pose de fanboys poussif, mais au contraire pour bien saisir la processus d'hybridation et flux inter-culturel qui sous-tend la démarche de Ernest Cline, Zack Penn et Steven Spielberg.






Ready Player One : Film de Science Fiction, réalisé par Steven Spielberg. 2018.
Synopsis : Wade et ses amis participent en 2045 à la plus grande chasse œuf de l'histoire de l'OASIS. Alors que les premières épreuves se déroulent bien pour Wade, IOI, une immense corporation tentent à son tour de mettre la main sur l'OASIS.....Si Wade veut gagner l'aventure, il lui faudra d'abord effectuer un travail d'enquête et chercher la véritable nature de son maître d'oeuvre James Halliday.
 
 
Avis : Difficile à la réouverture du blog EXPLORERS de faire l'impasse non seulement sur le grand retour de Steven Spielberg à la Science Fiction (depuis la triptyque A.I, Minority Report et La guerre des monde) mais qui plus est, d'une sorte d'idéal de la cinéphilie post-moderne où POP ART et Cinéma de l'Evasion, ou Néo-Classicisme et Post-Modernité se loverait dans une totale communion. Or, comme vous le savez sans doute, avant même que le projet de Spielberg et de Ernest Cline (l'auteur du roman) ne tourne la moindre image, voilà que déjà le processus de désinformation sur la nature même du projet se met en ordre de marche. Triste.





Dans une période où tout le monde s'accorde plus au moins à dire que le cinéma dit de Blockbuster est prisonnier d'une sorte de consensus marketing assez pervers, où des licences populaires dominent sans partage la culture de masse, un projet comme RPO (READY PLAYER ONE) devraient au moins susciter l'enthousiasme, au pire une curiosité face à un objet réellement atypique et risqué dans le paysage hollywoodien. Etonnant. Mieux encore. Au delà des éternels réfractaires à la 'performance capture', les principaux reproches que les 'fans' de Spielberg (en tout cas, ceux qui n'hésitent pas à crier haut et fort au début de chaque vidéos de Youtubeurs qu'ils sont des fans du cinéaste), que le film se résument à une œuvre d'antiquaire fausse et vaine, de compilation nonsensique entièrement marquetée et pensée sur le registre du cinéma 'doudou', d'une sorte de cinéma nostalgique vide de toutes substances et de reflexions. Violent. D'autant plus dur, qu'au même moment, on ne compte plus les films / projets qui sont sortis depuis une dizaine d'année surfant justement sur cette tendance et qui bénéficient d'une grande largesse de tolérance. Euphémisme. Vous avez dit 'paradoxe temporel' ?






Le plus ironique où le plus agaçant (selon le niveau d'argumentation que l'on tolère), ce n'est même pas temps que Steven Spielberg avait eu le culot d'adapter de manière audacieuse un roman réputé inadaptable (et oui il a respecté la nature du roman, mais quel horreur !), non ce qui surprenant dans cette histoire, c'est de reprocher à Spielberg sa manière insistante à regarder en arrière où du moins de prendre l'histoire du cinéma non pas comme un objet de patrimoine et de transmédia, mais au contraire de jouer avec les figures de la pop culture dans un pure geste consumériste en dénaturant la nature de leurs icones favoris. Susceptible en plus le cinéphile geek ! Visiblement, on ne pardonne pas d'avoir osé bafouer ce patrimoine. C'est du moins la position de ses détracteurs bien placés pour faire les objecteurs de consciences sur une période qu'ils n'ont pas forcément connus où qu'ils ne semblent pas  finalement si bien connaître. Remarque, les détracteurs de Brian De Palma dans les années 70 reprochaient bien celui-ci de bafouer le cinéma classique des 50, via Alfred Hitchcock, de le piller ou de le plagier. Beaucoup de reproches injuste donc, EXPLORERS a donc trouvé naturel de revenir sur les contradictions évidentes que l'on a pu entendre depuis la sortie du film.

Pour cela, tentons donc une explication argumentée en utilisant le CUBE ZEMECKIS !!




Retour sur le futur ? Comment conquérir l'avenir en respectant le passé ?


Si vous êtes cinéphiles, vous savez sans doute, qu'à la fin des années 60, est apparu toute une génération de cinéastes, des jeunes universitaires (John Carpenter) pour certains qui se sont fait 'la main' soit à la  télévision (Spielberg) soit dans des petits studios indépendants (Joe Dante, James Cameron et Jonathan Demme chez Roger Corman par exemple), soient dans de tâtonnements indépendants et expérimentaux (De Palma, Scorsese, Bigelow) avant de redéfinir en profondeur le système hollywoodien. Parmi les nombreux talents ayant fait leurs gammes dans les années 70, l'histoire a bien évidemment beaucoup mis en valeur et en avant les fameux barbus du cinéma américain (Spielberg, Lucas, De Palma, Scorsese, Coppola). C'est aussi à cette période que le terme 'cinéma post-moderne'  a commencé fleurir dans les commentaires analytiques, terminologie mutante tentant de cerner l'évolution du cinéma en terme stylistique. Plus que l'aspect industriel de leurs œuvres, le post modernisme a mis en avant deux aspect essentiels : l'implantation dans les récits classiques de cinéma des formes hybrides issus des autres formes visuelles (le clip, la publicité, le cinéma expérimental, l'art vidéo, l'animation et les effets spéciaux visuels) et la tentative de faire revivre un cinéma de l'évocation des grands mythes fondateurs de l'histoire américaine à travers un hommage sincère aux grands anciens (comprendre aux grands cinéastes de l'âge d'or hollywoodien) en utilisant des figures de styles allant de la citation et de la référence. 






Nourris à la fois par les drive in et la télévision, cette génération avait un lev motif, faire du neuf avec du vieux, utiliser les bonnes recettes d'antan pour faire jeter les bases du  cinéma de demain, jeter un regard plein de compassion derrière soi pour mieux préparer le cinéma de demain. A ce titre, les exemples sont légions !


New York New York, Alice n'est plus ici, Outsiders, Coup de Cœur, Coton Club, Scarface, Hurlements, Le loup-garou de Londres, Pulsions, Les portes du Paradis, 1941, Assaut, The thing, Phantom of the Paradise, Obsessions, La guerre des étoiles, American Graffiti, Les cadavres ne portent pas de costards, Frankenstein Junior, Les aventuriers de l'arche perdu, E.T, Avatar, Hugo Cabret, Gang of New York, Miller's Crossing, Sleepy Holow, Mars Attaks ! etc....arrêtons là les exemples, ils sont nombreux et quasi infinis.... 





C
es exemples ont au moins le mérite de rendre à césar ceux qui appartient à césar selon le fameux adage ! Non Ready Player One n'est le seul film où son dispositif narratifs et de référenciassions est entièrement tourné vers le passé !!  Non Ready Player One n'est pas le premier film à introduire à l'intérieur de ses dispositifs narratifs des easter eggs en pagaille (pour reprendre un terme à la mode). C'est au contraire un processus naturel chez un metteur en scène comme Steven Spielberg qui comme  nombres de ses confrères, a largement puisé dans l'histoire du cinéma pour truffer ses récits des références, d'hommages direct ou indirect, des citations cachées, d'évocation stylistiques diffus pour nourrir à son tour son propre univers, ses propres thématiques.







Spielberg et la figure du Père et Saint Esprit (amen !)

 

Si Spielberg se détache si fortement de ses amis cinéastes de cette période, c'est que tout simplement parce que cette quête du passé est à prendre comme la pierre angulaire de sa démarche artistique. Comme vous le savez, Spielberg avait avec son père une relation difficile durant son adolescence, et de fait, comme tout les auteurs obsessionnels, la quête d'un père idéal a pris une place considérable dans la plupart de ses récits. Ce manque, Steven Spielberg, l'a souvent compensé à travers des rencontres déterminantes dans sa vie professionnelle (en premier lieu Rod Sterling et Sydney Sheinberg), tandis que son amour du cinéma coïncident avec un respect de véritables icônes romantiques de son panthéon personnel (on raconte qu'il tenta à maintes reprises de s'infiltrer sur le tournage de film d'Alfred Hitchcock notamment ceux du Rideau déchiré et Complots de famille), David Lean, et Stanley Kubrick. A partir du moment où Spielberg s'attachent à un projet, un double processus se met en marche, d'une part la volonté de retrouver l'émotion et le souvenir de jeunesse qui le guidait durant son enfance et son adolescence (c'est ce qui l'a motivé sur certains projets tels que Always ou La guerre des mondes) et la volonté de se confronter à ses pères spirituels, ses pères de cinéma, la majorité étant issus de la période des années 30 à 60.  De ce fait, il me semble particulièrement étrange de limiter le cinéma de Spielberg (et ses productions Amblin par ricochet) à des effets de mode sans avoir à l'esprit cette démarche quasi identitaire, spirituelle même dans  sa volonté de rendre hommage aux grands anciens du cinéma (les pères fondateurs de l'histoire américaine, les grands cinéastes classiques), tout en se coupant jamais des envies du public contemporain. Steven Spielberg n'a cessé de filmer des icones historiques fortes (Lincoln, Johnson) lorsqu'il n'a pas cesser de multiplier des actes tournés autour de l'hommage aux morts (de la Shaoh, des anciens combattants, des esclaves). La question mémorielle dans certains de ses films fonctionne sur le même principe que sa volonté d'honorer le cinéma. Le cinéma, où l'histoire avec un grand H, ce ne sont pas simplement que des évènement du passés condamnés à disparaître, c'est avant tout un patrimoine avec un héritage qu'il faut honorer et transmettre. 

Voici un comparatif intéressant entre ses films favoris (mais c'est juste un petit échantillon car ces titres n'ont cessé d'évoluer au gré des interviews) et les influences que l'on retrouvent dans ses films.


SES FILMS FAVORIS (Liste non exhaustive) :

§   Fantasia des studios Disney (1940);
§   Citizen Kane d’Orson Welles (1941);
§   Un nommé Joe de Victor Fleming (1943);
§    La vie est belle de Frank Capra (1946);
§    La guerre des mondes d’Orson Welles (1953);
§    Psychose d’Alfred Hitchcock (1960);
§    Lawrence d'Arabie de David Lean (1962);
§    2001, l'odyssée de l'espace de Stanley Kubrick (1968);
§     Le parrain de Francis Ford Coppola (1972);
§     La Nuit Américaine de François Truffaut (1973).
§   La prisonnière du désert de John Ford (1956)
§   Les 7 samouraïs de Akira Kurosawa (1954)
§   Le magicien d'oz de Victor Fleming (1938)
§   Dr No de Terence Young (1963)


Filmographie et Filiation directe ou indirecte :



Duel et Les dents de la mer : Alfred Hitchcock, Moby Dick


Rencontres du troisième type : Disney, Byron Haskins et Cécil B De Mille


1941 : Bugsy Berkeley, Vicente Minnelli, Disney, Hellzapoppin, American College, Billy Wilder, Bester Keaton, Steven Spielberg


Les aventuriers de l'Arche Perdue : les sérails de la Républic


E.T : Rod Sterling, John Ford, Frank Capra, François Truffaut


Indiana Jones et le temple maudit : Fritz Lang, Fu Manchu, James Bond


La couleur Pourpre : King Vidor, Raoul Walsh


Empire du soleil : David Lean, Akira Kurosawa, Autant en emporte le vent


Always : Victor Fleming, Howard Hawks


Hook : Disney, Les films de pirates, Michael Curtiz


Jurassik Park, Le monde Perdu : Inoshiro Honda, Merian C Cooper et Ernest B Schoedsack, les films de monstres des années 50


La liste de Schlinder : le néo réalisme italien, Roberto Rossellini, Vittorio De Sica, Jean Renoir


Amistad : John Ford, Franck Capra


Il faut sauver le soldat Ryan : Le jour le plus long, Samuel Fuller, Le pont de Bernard Vicky, John Ford


A.I : Stanley Kubrick, Ridley Scott et Blade Runner, Steven Spielberg


Arrête moi si tu peux : Blake Edward, Billy Wilder


Le terminal : Franck Capra


La guerre des mondes : Byron Haskins, 


Munich : William Friedkin

Cheval de guerre : John Ford, Franck Capra

Lincoln : John Ford

Le pont des espions

The Pentagon Papers (The Post): Billy Wilder, Alan J Pakula.

Ready Player One : Orson Welles, Stanley Kubrick, John Hughes, James Cameron, Brian De Palma.

« En fait, j’essaie de faire le genre de film que j’admirais, ceux des années 30 et 40, cette époque d’Hollywood où je me serais senti le mieux chez moi si j’avais pus choisir. Je regrette de ne pas avoir vécu l’âge d’or d’Hollywood. En un sens, la plupart des films que je fais sont des hommages inconscients à cette époque-là. »

Steven Spielberg, Première N°114, Septembre 1986. Article repris pour le Première Classic N°2, janvier-mars 2018.




Le Rosebud de Steven Spielberg

Surprise, Ready Player One poursuit son travail introspectif du cinéma de l'âge d'or Hollywoodien. On peut même affirmer que RPO dans sa démarche constitue un véritable acte de foi dans l'histoire du cinéma et sa capacité à faire rêver ses spectateurs. Bien entendu, lorsqu'il prend conscience de l'ouvrage de Ernest Cline, Steven Spielberg est naturellement flatté de voir finalement que lui, le grand satan corrupteur du Hollywood des années 70 et 80 (une revanche perso à prendre ?), a laissé une emprunte durable dans l'esprit des spectateurs. Mais plus que l'aspect nostalgique de la proposition de Ernest Cline, Steven Spielberg trouve l'occasion à travers ce sujet futuriste de faire un bilan plein d'humilité non seulement surement sur l'état actuel du cinéma hollywoodien mais aussi par ricochet sur sa propre carrière de cinéaste via la figure de James Haliday.



Dans le récit, Wade Watts participent via son avatar (Parzival) à cette immense chasse à l'œuf de Pâques (le graal). De cette chasse va déterminer l'avenir de l'OASIS (Hollywood ?) et plus globalement, du control de la culture de masse dans son ensemble, de ses licences copyritghters en passant par la publicité (voir la séance de brainstorming, scène d'une éloquente ironie, l'OASIS devenant un immense espace publicitaire). 


Nolan désire transformer la culture populaire en franchise publicitaire
Que ce soit dans le monde réel...

où dans l'OASIS

IOI impose sa loi du marché et du capitalisme

Nolan / Kent, une figure de surpuissance désirant posséder tous les marchés


Nolan, arme à la main, prêt à tout....


Nolan / MechaGodzilla, comment mater une rebelion!


Au départ, ce qui compte dans la chasse pour la majorité des chasseoeufs, c'est, bien entendu, explicitement d'accéder aux jackpots afin d'imaginer une vie moins misérable que celle de vivre dans les sinistres décors, les fameuses piles bidonville du film. Mais rapidement pour le héros et ses amis (notamment Artemis, déesse de la chasse), l'enjeu économique se triple aussi d'un véritable enjeu idéologique et politique. Et c'est là où les thématiques de Steven Spielberg peuvent pleinement turbiner à plein régime. Car de cette chasse, il n'y a au fond qu'une seule véritable quête. Sauver L'OASIS (Hollywood). Encore faut t il trouver le bon héritier, l'élu, celui qui portera l'épée ? Pour s'accomplir en véritable héros mythologique, Parzival doit donc sauver l'OASIS, c'est de cette manière qu'il accomplira sa destiné. Mais pour sauver L'OASIS, il lui faudra d'abord atteindre son créateur.

Les Sixters, l'armée de Nolan et IOI écrase tout sur son chemin
Parzival se dresse contre IOI et brandit le point de la culture populaire

Les chasseoeufs luttent pour sauver l'OASIS 

Parzival lance l'attaque de le rébellion à travers la chanson des Twister Sisters 

Un clip de légende et arme absolue contre l'uniformisation de la culture !

Mais pour protéger ce pouvoir de création, le héros devra nécessairement revenir à la source même de la création de l'OASIS, chercher la scène matricielle et divine de l'acte d'inspiration. Pour accomplir sa destiné et atteindre la graal (à ce titre tout l'arc narratif issus du mythe Arthurien est d'une cohérence implacable), Wade Watts devra d'abord arrêter de vouloir de gagner la course de la compétition, d'avoir les yeux exclusivement tournés vers le tableau des high score (celui du box office), d'autant que le héros fait littéralement du surplace (on apprend que cela fait 5 ans que la course tourne à vide). Après sa rencontre déterminante avec Artemis ("Haliday n'avait pas de rêgles" sous entendu Haliday était contre le formatage), Wade Watts a donc ce fameux déclic qui fait basculer le récit dans une nouvelle phase, une prise de conscience qui le conduit à la quête du Père.



Toujours plus vite !

Hollywood dans sa démesure consumériste !
Seule solution pour Parzival, faire marche arrière et un retour aux sources !

 
Pour gagner le jeu, Wade Watts ne doit pas donc gagner les défis, il doit d'abord et avant tout savoir qui était James Haliday. Si la figure de Wondka est naturellement lié la personnalité quasi autiste de James Haliday (largement repris dans la bande annonce via le morceau "Pure Imagination"), il est évident que Steven Spielberg voit ici l'opportunité de rendre hommage à Citizen Kane de Orson Walles et plus que le clind d'œil appuyé au fameux Rosebud (mais il semblerait que de toutes les références invoqués importantes du film, c'est ironiquement celle que personne n'a voulu retenir), c'est toute la logique narrative du film Welles qui est repris, 'un récit à rebours', une plongée en forme d'enquête dans l'intimité d'un homme secret.


Spielberg / Wondka / Halliday, des figures paternelles cherchant un héritier digne de ce nom capable de transmettre à son tour le souffle de la création !

Le film matrice de Ready Player One, Citizen Kane de Orson Welles !

Comme pour le film de Welles, Parzival devra d'abord remonter le temps et enquêter !

C'est donc à travers une série d'énigmes, d'observations, de réflexions que  Parzival (cet élu qui s'ignore) trouvera enfin les solutions des différentes énigmes.  Au bord de la Doloréan, Wade Watts accompli un premier acte symbolique en n'affrontant plus T Rex et King Kong (toute la course obéit à une pure logique de la surenchère du cinéma hollywoodien) mais en fessant simplement une marche arrière, un véritable retours aux sources, aux origines (souvenez vous du générique de Amazing Stories et de son indien qui raconte des histoires au coin du feu, incrusté ensuite dans une télévision devant de nouveaux spectateurs) : une histoire originale et une croyance aux récits ancestraux.




Et quoi de plus fort symboliquement que de détourner l'objet d'un culte interplanétaire, d'utiliser la voiture de Retour vers le futur accomplir une retour vers le passé  glorieux (une idée démentes !). Et pour rester dans le même ordres d'idées, quelle brillante idée de placer la bibliothèque du Breakfast Club (vous vous souvenez ? Ce film d'adolescents mal dans leurs peaux qui profitaient d'une journée de colle pour finalement dévoiler à cœur ouvert leurs propres intimité !), espace cerveau gigantesque où est stockés toute la mémoire de James Haliday (amour, peur, culture). Espace symbolique où Parzival pénètre à loisir dans l'intimité d'un créateur qu'il idolâtre en espérant trouvé les indices.


Au départ, un parchemin et une énigme ! En trouvant Willy Le borgne, on trouve le trésor!


Qui est le vrai James Haliday ?

Wade Watts / Parzival face à ses interrogations. La clé de l'énigme ! Connaître James Haliday !

Connaître l'histoire de son idole en entrant dans son cerveau !

La bibliothèque du film Breakfast Club, un espace où on peut livrer sa propre histoire

désormais le refuge de la mémoire de James Haliday !


Au delà du récit d'aventure futuriste, ludique, naif et trépident, Ready Player One, s'oriente naturellement vers une autre quête, celle du Père Créateur. Atteindre l'œuf de Pâques, c'est atteindre James Haliday / Steven Spielberg.  Comme James Haliday, Steven Spielberg et d'autres créateurs ont a participé à l'élaboration de ce patrimoine, aux fameux mythes des eighties. A travers les yeux de Wade Watts, Steven Spielberg peut observer son œuvre dans une mise en abyme vertigineuse se voyant à différentes périodes de sa vie (subtil clin d'œil à 2001, l'odyssée de l'espace). Tout le film est construit pour nous amener au Rosebud de Steven Spielberg , cette scène d'une tristesse infini où le vieil homme regarde avec beaucoup de tendresse et d'humilité cet enfant seul devant une télévision. En quête d'une figure paternel durant toute sa vie, James Haliday / Steven Spielberg devient à son tour cet icône qu'on respecte. Mais pour que ce patrimoine survive, il lui faut trouver un héritier digne de lui à qui il pourra léguer les clefs d'un nouveau chapitre. Les larmes de Parzival témoigne de sa propre reconnaissance et de l'immense défi qu'il doit affronter....

Parzival atteint enfin le Rosebud de James Haliday
 

SEE THE FUTURE

Autres titres emblématiques du film, de Daryl Hall et John Oates 'You Make my dreams'

Nostalgie / Fan film ou Refondation du POP ART ?


Comme vous le savez, un des principaux reproches fait au film, c'est finalement la nature même du projet. Grosso modo, c'est de n'être qu'un énorme gloubi glouba de références de la culture de masse mis de manière arbitraire dans une fiction pour nourrir la nostalgie des cinéphiles de 'fan boy' trop heureux de reconnaître Beetlejuice dans un coin du cadre, le vaisseau de La folle histoire de l'espace dans un autre coin etc. Bref, j'arrête là puisque comme vous le savez, il y a facilement plus 300 ester eggs de toutes natures cités directement dans le film. D'ailleurs vous pouvez matez des tonnes de videos sur ce sujet. En voici un exemple :



A partir de là, beaucoup de vidéo faites par des youtubeurs ont émis justement des réserves voire des idées assez hostiles à ce gavage référentiel en pointant du doigt l'aspect vain et superficielle de ses références, tout comme du manque d'inspiration d'un cinéaste réduit au recyclages des références. De ce fait, le terme de nostalgie et fan service sont systématiquement apparus de manière péjorative dans les débats. Faire de la nostalgie et / ou du fan service, c'est forcément une simple démarche marketing, une facilité narrative pour anesthésié l'esprit analytique du spectateur. Pour comprendre cette hostilité, il me semble intéressant de revenir sur l'état actuel du cinéma américain avec en tête de gondole : la question de l'héroïsme. Personne ne contestera l'idée, qu'il devient de plus en plus dur actuellement de créer des univers qui ne doivent rien à des franchises déja connus. 
 
Ready Player One ou le retour à des figures de héros ordinaire : le clan des 5

Bien naturellement, en manque de prototypes nouveaux, Hollywood s'est naturellement tourné sur ce qu'il a toujours pratiqué depuis l'âge du muet, l'utilisation du remake et des méta univers (grosso modo, reprendre un univers ou un personnage pour le décliner ensuite sous forme de suites directes, préquel, reboot etcc). On ne va pas tous les citer, mais effectivement, depuis le début des années 2000, le phénomène s'est accentué, pour le meilleur parfois, et surtout pour le pire. Comme d'habitude, les producteurs à l'écoute de l'évolution des goûts cinéphiles ont rapidement compris que la décennies des 70 et 80 est un véritable trésor, la source inépuisable des films fessant l'objet d'un certain cultes. Avec beaucoup d'opportunisme, Hollywood n'a pas hésiter à puiser dans ce répertoire : Fog, The thing, Maniac, Massacre à la tronçonneuse, La colline à des yeux, Piranhas 3D, Poltergeist, Les griffes de la nuit, Patrick, The wicker man jusqu'au prochain Gremlins, Death Wish ou autres Suspiria. Ce phénomène sans précédent a eu deux effets directs.

La négative, la plus évidente, c'est un effondrement conséquent de la qualité des films de genres et pour les cinéphiles, c'est d'avoir été le témoin d'un véritable massacre en rêgle des titres qui ont bercé toute une génération.
 
La positive, c'est bien entendu d'avoir indirectement remis au goût du jour, un pan entier de l'histoire du cinéma. Et oui, grâce à cette odieuse logique marketing, les remakes, au lieu d'enterrer les films originaux ont permis bien au contraire d'avoir une nouvelle exposition médiatique. La cinéphilie de ces décennies sont fier désormais d'exposer ses totems à l'hôtel du sacré "voilà ça c'était du vrai cinéma" tandis qu'une nouvelle génération mesurait l'indéniable différence qualitative entre un Bejamin Gates et un Indiana Jones. Le phénomène du téléchargement ont parallèlement amplifié ce phénomène permettant donc à certains de découvrir pour la premières fois certains de ses films cultes et pour les plus anciens de redécouvrir des pans entier de films oubliés (ah La cavernes des Introuvables, quel doux souvenirs !). Face à ce contexte, vous conviendrez qu'il est difficile de regarder l'avenir du cinéma du spectacle sans regarder en arrière avec un certain regret, sans revendiquer et désirer la croyance d'un cinéma débérassé d'un certain cynisme, sans céder légitiment à ce satané sentiment de nostalgique : on a donc d'un coté une génération de cinéaste post moderne qui rêve de faire des films comme à l'âge d'or et d'un autre coté, on se retrouve avec une génération de spectateurs qui aimerait retrouver le souvenir de ses films qui ....whaou ! Quand post-modernisme et phénomènes sociétales font bon ménage ! C'est donc sur ce terreau fertile que s'est greffé une nouvelle tendance, le 'fan culture'. 




Disons le clairement, tout ceux qui estiment que cette vague de 'fan culture' se limite à une reflexe de pure sentimentalité nostalgique se trompent. Non ce qu'ils motivent leurs engagements, c'est au contraire une volonté farouche face à la médiocrité ambiante de revendiquer à leurs tours un patrimoine, de mettre en avant l'expertise culturelle comme n'importe quel historien du cinéma. C'est ce qui a motivé l'apparition et la création de certains blog ciné : Cinés bis Art, Strange Vomit Dolls, EXPLORERS (à mon humble niveau).  


C'est ce que revendique Johan Chiamaronte, rédacteur du génial ROCKYRAMA, qui avait bien voulu répondre à nos questions. Faire l'expertise de films anciens tout en restant des spectateurs contemporains exigeants :

"Faire une revue aussi marquée dans son graphisme et dans on édito, est forcément clivant. C’est inévitable. D’autant plus que nous ne sommes pas parfaits, donc oui des fois on se mange des réflexions qui ne font pas plaisir. Mais c’est le 'game' comme on dit. On ne nous reproche pas la fibre nostalgique, et renier cette partie de notre édito c’est nous renier en somme. On l’accepte, mais nous ne sommes pas que cela. Notre objectif, aussi prétentieux qu’il soit, est de prendre un peu de temps, de recul. D’aller là ou les autres ne vont pas, ou plus. "




"Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transmet" dixit Rafik Djoumi dans son émission BITS : passeur de culture POP. Allons même plus loin en disant que 'tout ce transforme'. Transmissions et Partage. Voilà, donc des notions qui de manière souvent assez étonnantes est rarement prise en compte par la communauté geek alors qu'elle est très souvent la première concernée. A une époque, où n'importe quels cinéphiles audacieux peuvent créer leurs chaînes de cinéma ou de culture sur  YouTube, on oublie à quel point 'revendiquer sa passion' était souvent un véritable chemin de croix lorsqu'il s'agissait de défendre la Pop culture. Pour le simple amateur cinéphile, sa passion cinéphile débordait rarement de son cercle d'amis ou du vidéoclubs de quartier, au mieux un simple courrier dans le forum des lecteurs de Mad Movies / Impact ou L'Ecran Fantastique. Pour les plus audacieux, ça passait par la création de fanzine, qui deviendrait plus tard un magazine, ça passait également par la création d'un festival dédié à une genre spécifique. Des émissions de télévision ont vue le jour par des véritables passionnés (Le cinéma de Minuit, La dernière séance, Temps X, L'œil du Cyclone, Bizzaro Zoom, Rapido, Cinéma de quartier). Ce que certains cinéphiles oublient trop rapidement, c'est qu'avant d'être des icones de la POP Culture, c'est que les Star Wars, Conan, Retour vers le futur et autres Mad Max, Indiana Jones, Jack Burton, Piège de Cristal, c'était pour l'arrière garde du cinéma, pire que de la sous culture, c'était de la merde, et les années 70 et 80 la pire décade de l'histoire du cinéma. Rare étaient les films pris avec un minimum de sérieux. On imagine mal la violence et la brutalité des propos qu'a du subir les metteurs en scènes le tout avec un mépris et une condescendance inimaginable pour l'époque. En tête d'affiche, bien entendu Steven Spielberg et Georges Lucas. Bien entendu, pour le public de l'époque, toutes ces aspects étaient anecdotiques : les placards se remplissaient de cassettes audio et vidéo, les chambrent étaient tapissé de posters géants, les revues étaient fièrement exposés aux cotés des jouets et des goodies. Personne dans les milieux intellectuels ne prenaient en compte ou au sérieux ce phénomène. Longtemps méprisé par le milieu universitaire (focalisé uniquement sur l'objet film), les questions de réception et d'expertise des œuvres ont été pris en compte qu'à partir du milieu des années 90 (Leveratto, Montebello), prenant en compte non plus l'histoire des œuvres mais une histoire de la circulation des œuvres. 

http://www.sup-numerique.gouv.fr/pid33288/moteur-des-ressources-pedagogiques.html?ressourceUrl=http%3A%2F%2Fwww.sup-numerique.gouv.fr%2Fressources-pedagogiques%2Fnotice%2Fview%2Foai%25253Acanal-u.fr%25253A5896
 

Désolé si certains trouveront que mon discours semble être hors sujet, mais pour comprendre le rôle et l'importance actuel de la vague du 'fan service', il était nécessaire de rappeler le contexte de l'époque, de rappeler pourquoi la présence d'un metteur en scène comme Steven Spielberg (l'homme de la décadence du cinéma du divertissement) ne pouvait pas objectivement aborder un film comme RPO comme un simple production Amblin (et c'est visiblement ce qu'à reprocher certains détracteurs) mais comme un créateur obligé de dresser un regard sur un phénomène dont il a largement contribué. RPO est la parfaite illustration de la mutation de la culture populaire vers la Pop Culture. La grande nouveauté sur ce phénomène de revendication de la culture populaire, c'est qu'elle n'est plus circonscrit à des questions d'ordres d'opinions (hier c'était les fanzines, aujourd'hui c'est les youtubeurs) mais que ce mouvement touche directement à la création : affiches de fan film, musiques, revue de cinéma, masheup, fan trailer, détournements humoristiques, blog ciné etc. Ready Player One s'inscrit totalement dans ce processus.

 

 
 
Reconnaître ses films fétiches, c'est aussi définir son identité et sa vision du monde

La célèbre affiche POP ART de Tyler Stout, œuvre annonciatrice ?

Au fond, cet émergence de la création des figures populaires ne fait que poursuivre et prolonger la pratique naturelle des amateurs de cinéma qui consiste à customiser sa chambre de ses icones favorites, recréant ainsi un nouvel espace imaginaire ludique : garage de Aech, de la chambre de Haliday, voire même de L'OASIS dans son fonctionnement total (puisque que ce monde virtuel a été conçus par un créateur nourris de cette dimension) . De même la manière, le Youtubeur In The Panda a parfaitement raison de rappeler que la pratique courante des gamers qui consiste à 'moder' leurs jeux-vidéos favoris selon leurs propres esprits a finalement la même fonction que la pratique du cinéphile. 
 




Voilà pourquoi Steven Spielberg était sans doute le mieux placer pour réaliser RPO, voilà pourquoi Steven Spielberg est naturellement un cinéaste de la Pop Culture. Il suffit d'observer sa filmographie ainsi que celle de ses contemporains (Brian De Palma, Tim Burton, Joe Dante, bien d'autres aussi souvent inconnus....) pour se rendre compte que cela existait déja sous différents formes, sous forme citationnel parfois, mais sur le film dans son ensemble : 1941, Frankenstein Junior, Last Action Hero, Qui veut la peau de Roger Rabbit, certains épisodes de Amazing Stories, Les banlieusards, Les cadavres ne portent pas de costards, La folle histoire de l'espace...

Héritage, Filiation, Transmissions, Transformation
 
De L'homme tranquille...

à E.T, l'extra-terrestre
 
Historiques Fantastiques, un show télé bourré d'épisodes à la culture POP
 

Qui veut la peau de Roger Rabbit ? et un vibrant hommage à l'esprit Cartoons !





 

Bonus




 
 

READY PLAYER ONE, nouvelles sources de création
 



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2 commentaires:

  1. Génial, je suis jaloux d'autant d'aisance dans l'écriture, mais heureux de voir que je suis pas le seul à avoir vu tout ça et plus encore dans le film chef d'oeuvre (au sens premier du terme) de Steven Spielberg.

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  2. merci beaucoup pour le joli compliment. L'article a été long à écrire.....et a demandé bc de réflexions. Je le considère également comme un film important dans le cinéma contemporain.

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